JT d'Assas - CNA
Marchés financiers et globalisation
Le mouvement de globalisation financière est d’une grande ampleur depuis le XIXème siècle mais aussi et surtout depuis le milieu du XXème siècle et semble aujourd’hui pouvoir être remis en question à la lumière de la crise que nous traversons. Comment accepter que l’ensemble des économies mondiales soient touchées de la plus dure des manières par n’importe quel petit soubresaut sur les marchés financiers à l’autre bout de la planète ? Devons nous, après un triple mouvement de déréglementation, de désintermédiation et de décloisonnement des marchés financiers, revenir vers une autre conception de ceux ci ? Qui devrait s’en occuper ? Est-il seulement possible d’agir de manière concrète et efficace ?
La France, comme de nombreux autres pays, semble être soumise à la conjoncture financière et c’est tout naturellement que toutes ces questions devront être posées dans l’optique de la campagne présidentielle, tant les impacts risquent d’être grands sur le prochain quinquennat.
Les marchés ont ils trop de pouvoir ?
« Les gouvernements prennent un risque en voulant tromper les marchés sur la solidité financière de l’Italie et de l’Espagne ».
Cette phrase de Martin Feldstein est limpide lorsqu’il s’agît de se demander si les marchés ont trop de pouvoir. Est-il normal que les gouvernements soient obligés de « tromper » les marchés (qui ne se laissent pas avoir facilement) pour pouvoir mettre en œuvre leurs politiques économiques ? Le Monde financier va t’il aujourd’hui trop vite pour des organes de décision aussi lourds et lents que les Etats (ou des Union d’Etats en ce qu’il s’agit de l’Union Européenne) ?
A ce titre, on pourra également s’interroger sur le rôle de plus en plus décrié des agences de notations : si les marchés ont trop de pouvoir, comment alors appréhender des institutions qui ont presque tous les pouvoirs pour influencer la manière dont le marché va comprendre telle ou telle information ? La volonté de l’Union Européenne de réguler cette activité est-elle la solution ?
Est il nécessaire de revenir sur la libre circulation totale au sein du marché des capitaux ?
Keynes, en 1933, pointait déjà les nombreux problèmes qu’une liberté totale sur ces marchés pourrait engendrer. Il souhaitait notamment que les politiques économiques ne soient pas contraintes pas les mouvements internationaux de capitaux. Le célèbre économiste s’était même rallié à l’idée d’une monnaie internationale, dans l’optique d’une réduction de l’instabilité financière (ce qu’était aussi censé faire l’Euro…)
Doit-on au contraire considérer, comme Aglietta au début des années 1990, que la globalisation financière est une « aventure obligée ».
Peu de pays ont pour l’instant réussi à se sortir d’un marasme financier provoqué par cette libre circulation des capitaux. Dans la majeure partie des cas le scénario est le même. Un pays s’ouvre aux capitaux, pratique la restriction monétaire de manière à attirer ces capitaux avec des taux d’intérêts élevés et sombre dans la crise dès que les capitaux se retirent en masse. Les nombreux exemples de la Russie, des pays d’Asie du Sud-Est ou encore de l’Argentine sont frappants à ce sujet.
Dans l’optique de préserver la souveraineté économique de nos Etats, est-il aussi possible de remettre au gout du jour l’idée de contrôle des changes et des capitaux? Doit-on, comme Keynes, faire une distinction entre mouvements de long terme (comme par exemple les IDE) et spéculatifs ? Est-ce seulement possible ?
Peut-on tirer avantage des mouvements internationaux de capitaux en les taxant ?
Cette question sera sans doute centrale dans la campagne présidentielle tant son impact économique mais surtout politique peut être important, et l’engagement de l’actuel Président de la République le montre.
Une taxe sur les transactions financières, ou Taxe Tobin, est-elle possible et peut elle être efficace ?
Une contribution minime aurait des avantages fiscaux importants pour les Etats tant les volumes de mouvement des capitaux sont importants. La Commission européenne estime en effet que la taxation des transactions d’actions et d’obligations à 0,1% et celle des produits dérivés à 0,01% pourrait rapporter dans les 50 milliards d’euros.
Pour Kenneth Rogoff, la solution n’apparaît pas si magique que cela : « La réduction du volume des transactions entrainerait un fort rétrécissement de l’assiette de l’impôt. Les gains ultimes seront donc probablement décevants ».
Peut être que les européens considèrent alors que les avantages politiques d’une telle taxe sont plus importants que ses possibles inconvénients économiques.
Qui devra prendre de telles décisions ?
Concernant la globalisation financière, une question peut rapidement devenir un casse tête politique : qui doit s’occuper de telles réformes ? (Si réformes il doit y avoir).
Aujourd’hui, le G20 vient naturellement à l’esprit. Mais est il seulement capable d’une telle tâche ? Peut-on réellement prendre des décisions efficaces lorsque 20 chefs d’Etats, tous occupés par leurs problèmes politiques internes, se réunissent une fois tous les 6 mois, voire tous les ans ?
Mais le problème est que l’on voit mal une institution comme le FMI, par exemple, prendre alors les rênes de la réforme des flux financiers internationaux, ses principaux membres ne pouvant même pas se mettre d’accord sur une réforme interne concernant l’évolution, qui apparaît aujourd’hui nécessaire, des droits de vote au sein de l’institution.
On ne pose ici que partiellement, et de manière non exhaustive, les principaux problèmes et interrogations posés par les marchés financiers dans un Monde globalisé. Il est néanmoins clair que les candidats à l’élection présidentielle se devront d’apporter leur vision sur toutes ces questions, tant nous avons pu voir les effets dévastateurs qu’une faillite financière à l’autre bout du Monde pouvait avoir sur notre économie.
Antoine Attali, Vox Economica







